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Retour à la listeLes expériences des enfants vis-à-vis de la relation thérapeutique en ergothérapie: un enjeu central
EN ERGOTHÉRAPIE À L’ENFANCE, L’ÉTABLISSEMENT D’UNE RELATION THÉRAPEUTIQUE POSITIVE AVEC LES ENFANTS EST ESSENTIEL. D’UNE PART, ELLE REND LA DÉMARCHE SIGNIFIANTE, EN PLUS D’AMÉLIORER LA SATISFACTION ET L’ENGAGEMENT DES ENFANTS DANS LES SERVICES (KING ET AL., 2020). D’AUTRE PART, CELLE-CI FAVORISE L’ATTEINTE DES OBJECTIFS CIBLÉS (MCCARTHY ET GUERIN, 2022). UNE RELATION POSITIVE EST DONC IMPORTANTE POUR AMÉLIORER LE PARCOURS DES SERVICES, AINSI QUE LES RÉSULTATS QUI EN DÉCOULENT.
Par Sandrine Gagné-Trudel, erg. — récipiendaire de la bourse de recherche au doctorat en 2022-2023
Malgré le consensus sur l’importance d’une relation positive en ergothérapie, son développement est complexe. Cette complexité est exacerbée par la nature multidirectionnelle de la relation avec les enfants et aussi leurs parents, qui peuvent avoir des perspectives, des besoins, et des objectifs attendus différents (Pereira & Seruya, 2021). Compte tenu de cette complexité, la relation s’actualise parfois de façon moins optimale (Fragasso et al., 2018). Dans ce contexte, il importe de se questionner sur l’expérience de la relation par les personnes directement impliquées. Bien que quelques études se soient penchées sur les expériences des parents, des ergothérapeutes ou des adolescents, les expériences des enfants restent à ce jour encore à étudier (Gagné-Trudel et al., 2023).
Comprendre les expériences des enfants est essentiel pour adapter les pratiques des ergothérapeutes à leurs besoins et perspectives, en tant que premiers concernés par ces services. Certains aspects de la relation ne peuvent être réellement compris qu’à travers les expériences des enfants, d’où l’importance de s’y intéresser.
Objectif
Ce projet vise à comprendre de façon approfondie le sens des expériences vécues des enfants en regard de la relation thérapeutique en ergothérapie.
Méthodes
Pour répondre à cet objectif, une étude phénoménologique (Dibley et al., 2020) est en cours. Le recrutement se réalise par l’intermédiaire d’ergothérapeutes œuvrant au programme jeunesse DI-TSA-DP d’un Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS). Pour être éligibles à la recherche, les enfants doivent avoir 12 ans ou moins, recevoir un suivi d’intervention individuel en ergothérapie ainsi qu’être en mesure de s’exprimer sur leurs expériences. Pour la collecte de données, des entretiens individuels portant sur les expériences de la relation thérapeutique sont réalisés avec les enfants. Des modalités d’entretiens flexibles adaptées aux enfants, comme l’usage du dessin, des pictogrammes et des marionnettes sont mises en œuvre. Les données des entretiens font l’objet d’une analyse phénoménologique.
Résultats préliminaires
Échantillon d’enfants
Jusqu’à présent, dix enfants ont participé à l’étude phénoménologique. Les enfants sont âgés de 2 à 10 ans et présentent des diagnostics variés comme des troubles neurodéveloppementaux (n = 7), une paralysie cérébrale (n = 2) ou des maladies congénitales (n = 1). La durée de leur suivi en ergothérapie varie entre un mois et neuf ans.
Les témoignages des enfants soulignent que les expériences de la relation thérapeutique reposent sur l’écoute et la compréhension par leur ergothérapeute. L’écoute, se témoignant par le contact visuel et le sourire de l’ergothérapeute, joue un rôle essentiel dans la création d’un climat de confiance. Lorsque les enfants perçoivent que l’écoute et l’attention qui leur est portée sont sincères, la relation s’en trouve d’autant plus renforcée.
Les enfants ne veulent pas seulement se sentir écoutés, mais aussi compris dans leurs efforts et leurs difficultés. Logan le témoigne: «On dirait qu’elle sait à quel point c’est difficile [...] au quotidien d’être handicapé, et je trouve ça vraiment cool parce que la plupart des gens que je connais ne comprennent pas ça».
À l’inverse, la relation se trouve impactée si les enfants sentent que leurs émotions, efforts ou souhaits ne sont pas compris. À titre d’exemple, Livia exprime « Elle me dit qu’elle me comprend. Elle ne comprend pas tout. [...] qu’est-ce qui se passe à l’école, les efforts que je fais [...] elle ne comprend pas vraiment.» Bref, au-delà de l’écoute, les enfants recherchent une reconnaissance de leur vécu et de leurs défis quotidiens.
Connecter à travers des activités signifiantes
Lorsque les ergothérapeutes proposent des activités adaptées aux intérêts et aux objectifs des enfants, la connexion se renforce. À titre d’exemple, Inès mentionne : « [mon ergothérapeute est] gentille [car] elle fait [...] des jeux que j’aime. » De plus, Sophie parle de son ergothérapeute qui lui a demandé « Qu’est-ce que tu veux améliorer ? ». Sophie lui a répondu «J’aimerais améliorer le soccer». Sophie explique à quel point elle aime jouer au soccer avec son ergothérapeute et comment c’est un moment spécial pour elle.
À l’inverse, lorsque les activités ne résonnent pas avec les enfants, leur engagement diminue et la connexion s’effrite. Étant donné que les enfants doivent déployer beaucoup d’efforts pour réaliser ces activités, plusieurs émotions négatives, comme l’inquiétude et la colère, sont exacerbées. William, par exemple, en témoigne : « [je voudrais] juste ne pas faire de l’écriture. [...] Qu’est-ce qui me rend joyeux là-dedans? Rien. Je n’aime vraiment pas l’écriture ! [Ça me rend] inquiet.» Donc, en proposant des activités signifiantes pour les enfants, les ergothérapeutes favorisent une plus forte connexion et un engagement positif.
Retombées
Les expériences des enfants mettent en lumière l’importance de créer des espaces d’expression où ces derniers peuvent partager et être écoutés sur leurs souhaits, besoins et émotions tout au long du suivi en ergothérapie. En leur offrant une écoute attentive et en valorisant leurs perspectives uniques, ces espaces permettent d’adapter les services à leurs réalités spécifiques. Les enfants sont alors reconnus en tant que membres à part entière de la relation thérapeutique, ce qui favorise l’engagement dans leur suivi.
La prochaine étape du projet est de mener des groupes de discussion avec des ergothérapeutes œuvrant avec les enfants au Québec. L’objectif est d’explorer leurs perspectives sur l’établissement de la relation à la lumière du partage d’expériences des enfants dans ce projet. Ces échanges offriront un éclairage précieux sur la relation thérapeutique en ergothérapie.
Remerciements
Ce projet est réalisé sous la direction de Noémi Cantin et Pierre-Yves Therriault, professeurs au Département d’ergothérapie de l’Université du Québec à Trois-Rivières. L’autrice tient à remercier les participants à la recherche, les ergothérapeutes du CIUSSS ayant facilité le recrutement, ainsi qu’Émilie Vigneault et Marie-Pier Bergeron, famille-partenaire. Enfin, elle remercie l’Ordre des ergothérapeutes du Québec pour la bourse de doctorat.
RÉFÉRENCES
Dibley, L., Dickerson, S., Duffy, M. et Vandermause, R. (2020). Doing hermeneutic phenomenological research: a practical guide. SAGE Publications Ltd. s://doi.org/10.4135/9781529799583
Fragasso, A., Pomey, M. et Careau, E. (2018). Vers un modèle intégré de l’Approche famille-partenaire auprès des enfants ayant un trouble neurodéveloppemental. Enfances & Psy, 79(3), 118-129. https://doi. org/10.3917/ep.079.0118
King, G., Chiarello, L. A., Ideishi, R., D’Arrigo, R., Smart, E., Ziviani, J. et Pinto, M. (2020). The nature, value, and experience of engagement in pediatric rehabilitation: perspectives of youth, caregivers, and service providers. Developmental Neurorehabilitation, 23(1), 18-30. https:// doi.org/10.1080/17518423.2019.1604580
McCarthy, E. et Guerin, S. (2022). Family-centred care in early intervention: a systematic review of the processes and outcomes of family-centred care and impacting factors. Child: Care, Health and Development, 48(1), 1-32. https://doi.org/10.1111/cch.12901
Pereira, I. J. et Seruya, F. M. (2021). Occupational Therapists’ Perspectives on Family-Centered Practices in Early Intervention. The Open Journal of Occupational Therapy, 9(3), 1-12. https://doi. org/10.15453/2168-6408.1848
Trudel, S., Therriault, P.-Y. et Cantin, N. (2023). Exploring therapeutic relationships in pediatric occupational therapy : a meta-ethnography. Canadian Journal of Occupational Therapy, 91(1), 78-87. https://doi. org/10.1177/00084174231186078